Libero
Titre original : Anche libero va bene
Durée : 1 h 50
Un film de Kim Rossi Stuart avec Kim Rossi Stuart, Barbora Bobulova, Alessandro Morace
Titre original : ANCHE LIBERO VA BENE (Italie)
Duree : 1H48 mn
Distributeur : MK2 - Editeur DVD : MK2 Editions
Sortie à la Vente en DVD le 09 Mai 2007
Sortie en salles le 08 Novembre 2006
Année de production : 2006
Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes le 20 Mai 2006
Distributeur : MK2
Editeur DVD : MK2 Editions
Prix Art et Essai - Cannes 2006
Casting:
Réalisation
Kim Rossi Stuart
Scénario
Federico Starnone
Francesco Giammusso
Linda Ferri
Kim Rossi Stuart
Acteurs
Alessandro Morace Tommi
Barbora Bobulova Stefania Benetti
Kim Rossi Stuart Renato
Marta Nobili Viola
Alberto Mangiante Regista
Pietro De Silva Domenico
Roberta Paladini Letizia
Tommaso Rogno Bontempi
Production
Erik Paoletti Directeur De Production
Equipe technique
Stefano Giambanco Chef Décorateur
Banda Osiris Compositeur
Sonu Mishra Costumes
Stefano Falivene Directeur De La Photographie
Mario Laquone Ingénieur Du Son
Marco Spoletini Monteur
Producteur : Carlo Degli Esposti, Andrea Constantini
Synopsis
Tommi, dix ans, vit avec son père Renato et sa sœur Viola, qui ne perd jamais une occasion pour chahuter son frère mais qui incarne un solide lien affectif, aussi bien pour lui que pour leur père.
Renato se comporte comme s’il prenait la vie, la société et les rapports en général pour un champ de courses dont il doit sortir vainqueur. Dès qu’il en a la possibilité, il essaie de forger Tommi, alternant des moments de sévérité et des moments de douceur.
En dépit des difficultés, les trois personnages vivent en harmonie et partagent des moments de complicité et de sérénité : Le retour inattendu de Stefania, la mère, qui, découvre-t-on, a déjà abandonné le foyer familial plusieurs fois, déclenche de fortes émotions et vient perturber l’équilibre de la maison.
Tommi a développé une profonde méfiance vis à vis de sa mère et lui résiste. En même temps, l’image mythique de son père s’étiole sous ses yeux, se réduisant à celle d’un homme et de sa fragilité.
Les personnages
Tommi, l’enfant. Doté d’une grande sensibilité, il a su garder son esprit enfantin, son goût du jeu, de l’aventure tout en étant capable de raisonner comme un adulte, de planifier sa vie, ses déplacements, ses gestes afin d’éviter les réactions insupportables de nervosité de son père et de maintenir le précaire équilibre familial. En contrepartie, Tommi est introverti, il s’est construit une carapace qui risque de devenir trop épaisse au fil des ans. Mais sa sensibilité et sa douceur ne manquent pas d’émerger dans le film : par exemple lorsqu’il parvient à entrer en contact avec son camarade de classe qui est muet, ou son amitié avec Antonio ou bien sa tendre flamme pour Monica. La vie de Tommi ressemble à une tentative perpétuelle pour combler le vide qui le coupe le souffle, pour maintenir cet équilibre précaire dans un monde d’adultes impossibles : comme ses balades sur le toit de son immeuble, son refuge, l’endroit où il se trouve avec lui-même, un toit très haut, une réelle précarité, un vide tangible.
Renato, le père. Agé de trente-huit ans, il travaille comme cameraman freelance. Depuis que sa femme Stefania est partie, il n’a pas su ou voulu donner à ses enfants un cocon familial accueillant et protecteur. Il a préféré les responsabiliser, en faire de petits adultes qui lavent, repassent, nettoient, participant à l’entretien de la maison. Renato est un homme difficile, caractériel, qui peut aussi bien être doux et compréhensif que verbalement violent, dur, pourvu d’un sarcasme tranchant et blessant. C’est un père qui n’accepte pas les faiblesses sans pour autant offrir beaucoup de repères.
Stefania, la mère. C’est une femme fragile, privée d’équilibre, une enfant qui n’a pas grandi. L’amour qu’elle essaie, de façon maladroite, de prodiguer à ses propres enfants et à son mari est infantile, incomplet, mais toujours, fruit d’un effort sincère et d’un élan pur.
Viola, la sœur. C’est un personnage qui manque de maturité par rapport à celui de Tommi. Quand Stefania rentre à la maison, Viola est prête à la croire. C’est avec un enthousiasme presque aveugle qu’elle se précipite dans ce qui semble n’être qu’un jeu temporaire, comme la fin le confirmera. Mais pour Viola, le fait de croire est une question de survie, croire en un dénouement idéal des événements, en une famille qui n’existe pas. Na pas voir, contrairement à Tommi, la pénible réalité des faits et chercher à la vivre et à l’accepter. C’est par réaction qu’elle s’est libérée de ses inhibitions, qu’elle laisse libre cours à ses fantasmes (notamment sexuels) alors que son frère choisit de s’isoler dans un monde qui est loin de la réalité mais profondément et nécessairement intime.
Entretien avec le réalisateur/acteur: Kim Rossi Stuart
Une fois atteint l’âge adulte, la vie devient pour beaucoup d’entre nous une expérience plus mentale et moins sensorielle. On ne vit plus les choses avec la plénitude magique de l’enfance, avec cette espèce de tridimensionnalité émotive. C’est d’ailleurs ce qui nous a poussés à parler de ce moment où se posent les bases de la vie.
Au cours de la phase d’écriture, j’ai voulu regarder le monde qui nous entoure avec des yeux d’enfant. J’ai poursuivi ce voyage en me mettant à la recherche de ce regard-là. J’ai rencontré des centaines d’enfants. Chacune de ces rencontres a été singulière, souvent extraordinaire. Ainsi s’est renforcé et développé mon besoin de donner la parole à l’un d’entre eux,, de lui confier me personnage pour qu’il nous montre la vie de son point de vue.
Alessandro Morace était l’un des élèves d’une école de province. Au premier abord très « banal », profondément timide et introverti, Alessandro recélait une aura très particulière. Il se moquait d’apparaître. Je crois qu’il a accepté de participer au film uniquement parce que le jeu que nous avions fait pendant le bout d’essai, qui consistait à prêter ses propres émotions à Tommaso fin de faire émerger les siennes, lui avait plu. La rencontre avec Alessandro est la rencontre rare dont j’avais désespérément besoin. C’est celle que j’ai cherchée sans répit, allant même jusqu’à frapper aux portes des maisons et écoles.
Pour Tommi la préadolescence est une période très difficile, parsemée de difficultés émotives et familiales. Il tente de les dépasser en se construisant des outils appropriés, aussi bien de défense que d’attaque, pour ne pas se laisser écraser par les événements. Même si, parfois les adultes commettent d’énormes erreurs tout en les minimisant, les petits ont la capacité de les leur pardonner leurs souffrances, de manière désarmante.
Entretien avec les membres du comité de sélection à Cannes
Kim Rossi Stuart était déjà le meilleur acteur de sa génération en Italie, tant au théâtre qu’au cinéma. Nous découvrons avec Libero (Anche libero va bene), qu’il a mis en scène, interprété et co-écrit, que c’est un excellent cinéaste, et qu’il a beaucoup appris des grands réalisateurs avec lesquels il a travaillé, notamment Michelangelo Antonioni et Gianni Amelio.
Avec ce film sur l’enfance, émouvant, cruel et pudique, Kim Rossi Stuart signe la meilleure première œuvre cinématographique, en crise depuis plusieurs années, continue heureusement de nous réserver de belles surprises, grâce à la résistance courageuse et au talent de ses auteurs. Kim Rossi Stuart est désormais l’un d’entre eux. Libero est a chronique de la vie de deux jeunes enfants élevés par leurs père dans l’Italie en crise de ces dernières années. La caméra de Kim Rossi Stuart s’intéresse particulièrement à Tommi, le fils de onze ans, qui va chercher durant tout le film à trouver sa place dans cette famille troublée. A la question de son professeur d’anglais « where is the father ? », Antoine Doinel dans les Quatre Cents Coups avait bien du mal à répondre, et pour cause puisqu’il apprenait plus tard que l’homme qui l’élevait n’était pas son père biologique. Le dilemme de Tommi est tout aussi douloureux mais d’une autre nature, car ici l’enfant refoule sciemment la douleur que provoque la question « dov’è la mamma ? », alors qu’il connaît pertinemment la réponse. Libero est un film réaliste, qui s’attache à décrire la lutte journalière d’une famille pour la survie de sa structure. La justesse des plans comme celle du jeu des acteurs évoquent le travail de Maurice Pialat, mais sont aussi un écho plus lointain du néo-réalisme italien. Pourtant la très grande réussite du film est d’entretenir un mystère au sein même d’un récit qui semble se dévoiler tout entier dans la simple narration du quotidien de la famille, alors que tous, Tommi, sa sœur Viola, et leur père Renato butent sur une même question insoluble : quels démons habitent la mère pour qu’elle les abandonne régulièrement au profit d’escapades sentimentales et sexuelles ? La rencontre entre le réalisme et le mystère est résumée dans cette magnifique séquence où Tommi voit en rêve sa mère se faire caresser par des mains de plusieurs hommes qui finissent par mettre à nu ses entrailles ; puis Tommi se réveille de son cauchemar, se lève et surprend sa mère dans la cuisine. L’étrangeté du comportement de la mère dans la réalité nocturne est presque plus inquiétante que le rêve lui-même et Tommi est renvoyé violemment à ce mystère féminin qui brouille les cartes de son existence. Libero est un film bouleversant, qui fait pleurer, mais qui ne cherche pas à faire pleurer. Dans la dernière séquence, Kim Rossi Stuart na veut pas consoler, ni panser les plaies de Tommi dans un « happy end » qui sonnerait faux. L’émotion de la séquence est pure de toute sentimentalité ; le cinéaste se contente d’être attentif à l’énigme qui circule entre le visage de Tommi et les quelques mots mal griffonnés par sa mère pour nous laisser sur le sentiment déchirant du mystère de cet amour filial, qui nous renvoie inévitablement au mystère de l’amour en général.
Maud Ameline et Olivier Père
Membre du comité de sélection et délégué de la Quinzaine des réalisateurs.
Commeaucinema.com
REMARQUÉ À CANNES
Libero a été présenté au Festival de Cannes
dans le cadre de la Quinzaine des Réali-
sateurs. Très remarqué au sein de cette
sélection, il a remporté le prix de la CICAE,
association rassemblant des exploitants de
salles Art et Essai européennes
La musique
La bande originale du film a été confiée à Banda Osiris, un groupe de musiciens (cui-
vres, percussions) et comiques ambulants apparu en Italie au début des années 80. Ils
avaient été récompensés au Festival de Berlin en 2004 pour la musique qu'ils avaient
composée pour Premier amour de Matteo Garrone.
Le titre
Le titre original du film, Anche libero va bene, est une citation des dialogues du film. Lors
d'une conversation avec son fils, Renato lui dit que son poste préféré sur un terrain est
celui de libero (il s'agit d'un défenseur qui n'est pas soumis à un marquage individuel, et
peut évoluer librement en défense). L'enfant lui répond: "Anche libero va bene", ce qu'on
pourrait traduire par "Libero, ça me va aussi”.
Un remplacement au pied levé
Le rôle du père est interprété par Kim Rossi Stuart lui-même. Initialement, celui-ci ne souhaitait pas jouer dans son film. Mais l'acteur qui devait incarner le père a dû se désister peu avant le début du tournage, et le réalisateur a alors décidé de le remplacer.
Cineversoix.ch
Déjà confirmé comme acteur de renom tant au cinéma qu’au théâtre en Italie, Kim Rossi Stuart confirme la palette de ses talents en passant derrière la caméra. Avec Anche libero va bene, l’artiste nous livre la chronique de deux enfants livrés à eux-mêmes : Tommi, 11 ans et sa grande sœur Viola. Tous deux résignés face à leurs parents qui se déchirent, ils vivent au rythme des absences de leur mère volage et de leur Renato qui s’accroche aux retours inopinés de sa femme, entre colère et pardon. Cette famille pleine de rage et d’imperfections, d’une inconsolable solitude, tient vaille que vaille malgré grâce au souci constant que chacun a pour les autres, et à leur amour inconditionnel. Le film de Kim Rossi Stuart a été présenté au Festival de Cannes dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs. Très remarqué au sein de cette sélection, il a remporté le prix de la CICAE, association rassemblant des exploitants de salles Art et Essai européennes. Ce premier long métrage atteste que le jeune trentenaire a beaucoup appris auprès des cinéastes avec lesquels il a tourné, comme Antonioni, Gianni Amelio, Roberto Begnini. Physiquement comme dans la rhétorique filmique, Rossi Stuart nous rappelle étrangement Nanni Moretti. Le style du jeune réalisateur est non sans rappeler le Néo-réalisme italien. Ce film intimiste et sensible aborde les thèmes de la famille, qui reste un thème récurent du cinéma italien. Rossi Stuart aborde ici les moments difficiles de la séparation, vus à travers le regard d’un enfant ; il explique ce choix : "Une fois atteint l’âge adulte, la vie devient pour beaucoup d’entre nous une expérience plus mentale et moins sensorielle. On ne vit plus les choses avec la plénitude magique de l’enfance, avec cette espèce de tridimensionnalité émotive. C’est d’ailleurs ce qui nous a poussés à parler de ce moment où se posent les bases de la vie (...) Au cours de la phase d’écriture, j’ai voulu regarder le monde qui nous entoure avec des yeux d’enfant. Pour Tommi, la préadolescence est une période très difficile, parsemée de difficultés émotives et familiales. Il tente de les dépasser en se construisant des outils appropriés, aussi bien de défense que d’attaque, pour ne pas se laisser écraser par les événements. Même si parfois les adultes commettent d’énormes erreurs tout en les minimisant, les petits ont la capacité de leur pardonner et de comprendre leurs souffrances, de manière désarmante." Le cinéaste n’avait pas prévu d’interpréter le rôle de Renato, le père, mais il a dû remplacer au pied levé l’acteur prévu initialement. Jim Rossi Stuart n’hésite pas à porter son film, devant et derrière la caméra, aux côtés d’un jeune garçon qui lui paraissait introverti, timide mais qui parvient à faire émerger de fortes émotions à travers l’écran. Tout au long du film, l’enfant se réfugie dans son refuge sur le toit, observant ce monde qui lui échappe de haut, ou auprès de la famille de son voisin, issu de la bourgeoisie dorée. Le père, lui, étouffé par la colère, ne peut plus fuir et laisse jaillir sa rage contre tout, tous et surtout lui-même. Il faut reconnaître que tous les éléments étaient réunis pour faire un petit chef-d’œuvre : Rossi Stuart s’est associé à Linda Ferri, coscénariste, qui avait cosigné le script d’un autre fameux drame familial italien : La Stanza del figlio de Nanni Moretti. La bande originale du film a été confiée à Banda Osiris, un groupe de musiciens (cuivres, percussions) et comiques ambulants apparu en Italie au début des années 80. Les musiciens de Banda Osiris avaient été récompensés au Festival de Berlin en 2004 pour la musique qu’ils avaient composée pour Primo Amore de Matteo Garrone. Et pour ceux d’entre vous deux qui douteraient encore de la nécessité de voir ce film, sachez que vous comprendrez le titre du film extrait des dialogues, précisément lors d’une conversation entre Renato et son fils. Le cinéma italien actuel doit dorénavant compter un nouveau nom parmi ses réalisateurs.
Firouz-Elisabeth Houchi-Pillet
Scenesmagazine.com
Le premier film de l’acteur italien Kim Rossi Stuart :
bien écrit, intelligent, attachant.
Critique publiée dans le N° 571 des Inrockuptibles dans la rubrique Films en salle
Le premier film de Kim Rossi Stuart est a priori
une chronique comme on en a déjà vu cent,
celle de la vie d’une famille un peu explosée vue
à travers le regard d’un garçon de 11 ans.
Tout ne va pas pour le mieux dans cette famille,
puisque la mère est toujours partie avec un autre
homme, que le père est l’élément stable mais
en réalité fragile de la famille, papa-poule atrabilaire
tantôt copain, tantôt irascible.
Mais, dès les premiers plans, il paraît évident
que Stuart, acteur italien connu (on l’a vu chez
Gianni Amelio, chez Michele Placido – Romanzo
criminale – et plus lointainement chez Antonioni
– Par-delà les nuages), a pensé à tout, et surtout
à éviter les clichés. Il commence donc par briser
sa propre image de beau gosse séducteur :
seulement vêtu d’un T-shirt, les fesses à l’air,
le voici donc qui repasse avec un faux flegme
le linge de ses enfants… La couleur est donnée :
nous n’allons pas voir forcément ce à quoi nous
nous attendions. Le metteur en scène transalpin
va éviter tous les pièges du sujet : le pathos facile,
les violons, les pleurs, les heurts, les drames trop
évidents, faisant alterner les scènes de comédie
et les scènes plus douloureuses. Il y aura
des violences, dans Libero, mais elles resteront
intérieures. La bonne idée du film, c’est d’avoir
fait de l’homme, avec un masochisme évident,
une victime consentante et de la femme
un bourreau malgré lui : le film ne tombe ainsi
jamais ni dans la généralité ni dans la caricature
sociologique ou psychologique.
Jamais la mise en scène ne condamne l’un ou
l’autre des personnages, jamais elle ne cache
que la situation vécue par les personnages
n’est possible que parce que chacun des deux
membres du couple l’accepte : il n’y a ni victime
ni bourreau, chacun est l’un et l’autre à son tour,
et c’est cette situation instable qui cimente
ce couple singulier. Ce que suggère aussi Libero,
sans jamais en faire un cas général, c’est que
l’enfance consiste souvent à trouver ses réponses
propres aux névroses de ses parents…
Libero possède une cohérence devenue rare dans le
cinéma italien contemporain, souvent “berlusconiséî,
devenu incapable de penser quoi que ce soit qui se
tienne, confondant tout, amalgamant n’importe quoi.
Avec ce premier film prometteur et émouvant
pour de nobles raisons – qui rencontra un succès
mérité auprès du public de la Quinzaine des
réalisateurs à Cannes cette année –, Kim Rossi Stuart
regarde le monde avec, certes, sensibilité, mais aussi
et surtout avec un cerveau, construit, clair, libre,
et sans manichéisme.
LIBERO
Jean-Christophe Buisson
Chronique familiale De Kim Rossi Stuart, avec lui-même, Barbora Bobulova et Alessandro Morace.
Le meilleur film russe de cet automne est italien. Il est signé Kim Rossi Stuart, grand comédien qui offre là un premier long-métrage dostoïevskien d'une intelligence et d'une finesse peu communes. L'histoire ? Abandonné sans explication par sa femme, Renato élève seul ses deux enfants, Viola, déjà adolescente, et Tommi, 11 ans. C'est lui que la caméra suit (à la maison, à l'école, à la piscine...) pour restituer la vérité de cette famille en décomposition/recomposition permanente. Sans argent et sans mère, sa vision de la vie est soudain chahutée par le retour de l'absente et un lien d'amitié tissé avec son nouveau et riche voisin. Que va-t-il rester du fragile équilibre du trio, jusqu'alors bâti sur la seule force de la solidarité familiale (du type : «nous trois contre le reste du monde») ? Soudain gâté par le destin, Tommi hésite, tient tête à son père, le regrette, se jette dans les bras de sa mère, le regrette, devient capricieux, le regrette. Tour à tour pudique et cruel, Kim Rossi Stuart propose une chronique de la vie ordinaire d'une justesse bouleversante. Avec une direction d'acteurs impeccable et une mise en scène digne d'un vieux routier de l'image.Excellent
Le Figaro
Pour son premier film en tant que réalisateur, Kim Rossi Stuart (Les Clés de la maison; Romanzo criminale) frappe fort et juste. Rarement le cinéma aura montré avec autant d’acuité la difficulté d’être dans son rôle (de père, de mère, d’enfant) et d’y rester. Les sentiments qui submergent chacun des personnages ne sont ni légitimes ni illégitimes, ils sont, tout simplement. C’est un film inconfortable, qui gratte et qui démange. Qui dérange. Rien n’y est facile, mais tout y est évident. Le titre original (Anche libero va bene) renvoie au football et à la liberté. Ce qui se joue ici est dérisoire et immense.
Isabelle Danel
Premiere
Au nom du fils
Le monde des adultes vu à traversles yeux d’un enfant.
Libero,
de Kim Rossi Stuart
Comédie dramatique, Italie. 1 h 48.
Libero (en version originale Anche libero va bene soit « même la place de libero me convient ») est la métaphore footballistique que Kim Rossi Stuart va utiliser, en l’incarnant, pour cristalliser le conflit qui va opposer le jeune Tommi , dix ans, et son père Renato. Ce dernier, selon le schéma classique qu’explore le réalisateur, père aimant et maladroit, projette sur son fils les fantasmes de réussite que son métier de cameraman en temps de crise ne lui offre guère. Surtout , Tommi (Alessandro Morace) et sa soeur à peine plus grande Viola (Marta Nobili) s’endorment et se réveillent dans une maison où leur mère Stefania (Barbora Bobulova) ne fait que d’erratiques apparitions, au gré d’infidélités répétées comme à son corps défendant. Entre Renato et Stefania, les déchirements s’aiguisent de promesses en désillusions. L’énigme du comportement maternel va se lire tout au long dans le regard que Tommi porte sur cet univers d’adultes qui tour à tour se caressent et se montrent les crocs . Si son incompréhension d’enfant peine à dévoiler les arcanes des relations amoureuses et sexuelles, la réalité des douleurs en circulation pèse lourd sur les trop jeunes épaules. Le film se déroule en descriptions minutieuse de la vie quotidienne de cette famille sur laquelle il reste centré avec un réalisme qui n’exclut pas la part de rêve indispensable à la construction de chacun. On est surtout frappé par la justesse des émotions enfantines saisies en poésie, démarquant Libero du néoréalisme italien auquel sa précision le rattache. Des pans de la société actuelle parviennent à se tisser à ce drame intime qu’aucune sentimentalité n’entache. Émouvant.
D. W.
L'Humanitè
Portrait de famille
Anche libero va bene, de Kim Rossi Stuart. Italie, 1 h 48.
Un homme élève ses deux enfants, Tommi et Viola. Rien de leur quotidien ne nous est étranger, conviés que nous sommes à partager l’intimité de cette famille bancale et unie devant l’absence de la mère dont on comprend qu’elle a les plantés là. Dans Anche libero va bene repose, Rossi Stuart,
qui réalise et interprète le rôle du père, inverse le schéma classique de la famille monoparentale pour adopter le point de vue de Tommi (Alessandro Morace), dont la présence crève l’écran. Rien à redire sur la véracité du propos et
le caractère des personnages. Les errements de la mère, les moments de faiblesse du père n’empêchent pas les enfants de grandir et de mûrir. Le propos se veut généreux et il l’est.
M.-J. S.
L'Humanitè
A 36 ans, Kim Rossi Stuart signe un premier film cruel et sensible, entre Les 400 Coups, de Truffaut, et L'Enfance nue, de Pialat. Ce n'est pas l'amour qui manque ici, mais la manière de le transmettre, de le canaliser. Dans cette famille romaine désaccordée, chacun l'exprime de manière confuse, impudique ou envahissante, sans forcément respecter l'intimité de l'autre. Par petites touches, Kim Rossi Stuart montre finement le caractère un peu malsain de cette famille très repliée sur elle-même, au sein de laquelle Tommi, 11 ans, tente de surnager en petit homme non pas maltraité, mais menacé et dangereusement exposé.
Jacques Morice
Télérama
La surprise Rossi Stuart
Date : 21/05/2006
La Quinzaine des réalisateurs propose une programmation très familiale. Non que l'on puisse emmener sans risque bambins ou bisaïeux aux projections, mais il faut constater que les premiers films de cette sélection s'intéressent aux drames qui naissent de la vie en famille.
Parmi ceux-ci, Anche libero va bene, de l'Italien Kim Rossi Stuart, se détache nettement par la force des émotions qu'il montre et qu'il suscite. Kim Rossi Stuart, fils d'acteur, est lui-même comédien. On vient de voir sa silhouette longiligne dans Romanzo criminale, de Michele Placido. Avec Anche libero va bene, il réalise son premier long métrage, dans lequel il joue aussi. Il incarne Renato, le père de Tommi, un garçon de douze ans qui aime le football et termine son enfance dans la douleur, et de Viola, l'aînée, sympathique greluche de quinze ans. C'est au père que l'enfant adresse la réplique "Anche libero va bene", "même arrière central, ça me va".
C'est l'une des singularités du film que d'esquisser sa conclusion à travers son titre : quand on découvre Renato et Tomaso, l'enfant s'efforce de satisfaire au désir de son père, qui voudrait en faire un champion de natation, et regarde de loin ses camarades s'entraînant au football. Aux moments les plus déchirants du film, on s'accrochera à l'espoir ténu que suggère cette petite phrase.
L'opposition entre les exigences d'un père et les désirs d'un fils est loin d'être inédite au cinéma, mais ici dès son exposition, une évidence s'impose : Kim Rossi Stuart a une idée très précise de ce qu'il va montrer. Son histoire est banale, parce que le nombre des combinaisons qu'offrent les rapports père-fils est limité, mais elle sera extraordinaire parce qu'il la nourrit à la fois d'une force (qui franchit souvent la limite de la violence) et d'une sensibilité qui établissent immédiatement l'existence et l'individualité des personnages. Renato n'est pas un bourreau. Quand il fait des ravages autour de lui, inflige de terribles blessures, c'est toujours par amour. Tommi n'est pas une victime, c'est un garçon secret, courageux et cruel, qui parfois s'amuse à faire de l'équilibre sur le toit de son immeuble.
Dès les premières séquences, on a remarqué que, dans l'appartement perché au dernier étage d'un immeuble romain, il manque une mère. Il faut se passer un long moment de l'explication de cette absence. Kim Rossi Stuart fait l'économie des scènes d'exposition, des explications habilement dissimulées dans les dialogues. La narration d' Anche libero va bene procède par longues séquences qui vont jusqu'au bout des affrontements entre personnages. Pour retenir l'un des exemples les plus anodins, l'idylle qu'engage Tommi avec la plus jolie fille de sa classe de sixième se termine sur un fiasco : une histoire de petit mot passé en classe puis renié. C'est dérisoire mais plus douloureux que Love Story.
Un adulte imparfait
L'essentiel se passe au sein du carré instable que forment les parents (la maman n'est pas morte, elle resurgit) et les deux enfants. A l'évidence, Kim Rossi Stuart s'intéresse plus aux côtés masculins que féminins. La seule faiblesse du film est de ne pas accorder tout à fait la même d'attention aux personnages de la mère et de la fille qu'aux hommes de la famille.
Rossi Stuart construit pour son usage un personnage d'adulte imparfait, en colère contre le monde, contre sa vie, d'une colère si violente qu'elle lui interdit l'aigreur. Passés les paroxysmes de violence, il est à chaque fois prêt à recommencer à zéro, sans se rendre compte du champ de ruines qu'il crée et recrée sans cesse.
Au cinéma il est aussi facile de faire pleurer que d'exciter le désir sexuel (alors qu'il est bien plus compliqué de faire rire). L'émotion immédiate que suscite Anche libero va bene n'est donc pas un argument suffisant pour recommander le film. Beaucoup plus rare est la mise au jour des racines de la souffrance que l'on voit et que l'on partage, la mise en scène de ce champ de bataille où les pires désastres procèdent des meilleures intentions.
Auteur : Thomas Sotinel
Web :
www.lemonde.fr
"Libero" : la solitude de Tommi l'incompris
Son père le voit champion de natation ; Tommi, le jeune héros de Libero, rêve de faire du football. Ce résumé du premier film de Kim Rossi Stuart éclaire le titre, et par là même sa philosophie générale. Au souhait paternel de voir son fils à l'aise dans la vie comme un poisson dans l'eau et d'accéder à la plus haute marche du podium, s'oppose le choix du gamin de rester anonyme et de pratiquer son sport pour des raisons ludiques plutôt que par esprit de compétition. Tommi est prêt à tout accepter pour taper dans le ballon et appartenir à un collectif harmonieux, y compris à occuper un poste moins honorifique : celui de "libero", défenseur central, dernier rempart derrière tous les autres, investi du rôle ingrat de colmater les brèches et d'empêcher les attaquants adverses de vous mettre en échec.
Sur le terrain social et familial (que Kim Rossi Stuart a choisi de fouler en frisant le carton rouge), les règles du jeu sont aussi divergentes. Contraint d'assumer la gestion matérielle et affective de la petite cellule qu'il forme avec ses deux enfants depuis que sa femme est partie mener grande vie avec un amant (et ce dans une Italie en crise, en mal d'emplois), Renato, le père, vise un comportement d'excellence, pour lui comme pour les mômes. Au four et au moulin, à la cuisine comme au repassage, il tente de se conformer à une image idéale, celle du papa poule sans déficit d'autorité, du mâle prodigue en câlins mais ferme sur les principes, déterminé à se faire respecter.
Tommi, lui, n'est ni dans une optique d'attaque ni dans une stratégie d'organisation. Il subit. Les querelles conjugales de ses parents l'ont rendu adulte avant l'âge, mais son extrême sensibilité, son caractère introverti l'amènent à un repli silencieux, une sagesse fataliste.
MAESTRIA ET DÉLICATESSE
Meurtri par le spectacle d'un père fragile, caractériel, parfois humilié, parfois violent, il a fait du toit de son immeuble son refuge. Son souci n'est pas de faire le fier-à-bras, de conjurer l'adversité par des pieds de nez, mais de s'intégrer, sauver les meubles, assumer douleur et statut d'incompris sans ostentation.
Kim Rossi Stuart montre des scènes de la vie quotidienne, filme les poussées d'adrénaline d'un père qui manifeste son amour et son idéalisme avec raideur. La grande qualité de Libero est à la fois dans son refus délibéré des scènes d'explications et dans la pudeur avec laquelle il suggère le non-dit, le désarroi d'un couple déchiré et le mutisme déchirant du garçon. Tommi souffre des réflexes soupe-au-lait de son père en faillite, et de ne pas comprendre les escapades d'une mère possédée par des démons pour lui mystérieux. Dans une belle séquence, il la voit en rêve, caressée par les mains d'hommes qui finissent par lui ouvrir les entrailles.
Tout cela, la maestria avec laquelle Kim Rossi Stuart joue lui-même le père touchant et pathétique, la délicatesse avec laquelle il suggère le malentendu entre un père et un fils qui s'adorent, le respect avec lequel il peint la mère éplorée d'être indigne, et sa détermination à rester sur une ligne réaliste, sans basculer dans les excès du mélo avec lequel il flirte ostensiblement, ne seraient rien sans son talent à capter un émoi d'enfant sur un visage triste, sur des yeux grands ouverts, bouleversants par le trouble et l'interrogation qu'ils reflètent.
Le héros de Libero est sans nul doute ce personnage magnifiquement interprété par le timide Alessandro Morace, si discret dans sa façon de se rapprocher d'un camarade de classe marginalisé car muet de naissance, ou de glisser un mot d'amour anonyme à une copine de sixième et de le renier lorsque ce qui devait rester secret devient public. Fils d'acteur, Kim Rossi Stuart est devenu acteur lui-même dans les bras de Catherine Deneuve (La Grande Bourgeoise, de Mauro Bolognini). Il avait 6 ans. A l'heure où il signe ce premier film qui pourrait bien receler des tourments autobiographiques, c'est de son vécu, de son expérience personnelle devant la caméra qu'il fait bénéficier ces images.
Il y avoue en même temps une filiation avec les deux grands cinéastes de l'enfance dont l'Italie peut s'enorgueillir. Gianni Amelio (pour lequel il tourna le rôle du père d'un adolescent handicapé dans Les Clés de la maison), et Luigi Comencini, qui de Casanova à Pinocchio en passant par L'Incompris, Eugenio ou Cuore, s'avéra si turbulent et sensible pour peindre l'écrasante mission dont héritaient ses petits héros : réussir l'éducation de leur papa bien-aimé. Comencini a toujours défendu son droit de faire appel aux sentiments dans un film, "à condition qu'ils ne mènent pas à la rhétorique des grands mensonges : nationalisme, patriotisme, exaltation de la famille, ces grands idéalismes qui ne sont que des instruments de répression". Privilégier l'esprit sur l'estomac et susciter la réflexion fut son credo. Kim Rossi Stuart lui est fidèle.
Jean-Luc Douin
LE MONDE | 07.11.06
«Libero», le mélo se défend
Critique
Le premier film de l'acteur italien Kim Rossi Stuart sonne juste.
PERON Didier
Après Twelve and Holding, captivant film de l'Américain Michael Cuesta sur la manière dont trois gamins de 12 ans réagissaient à la mort d'un de leur camarade, Libero (en VO, Anche libero va bene), première réalisation de l'acteur italien Kim Rossi Stuart, poursuit cette évaluation de l'expérience quotidienne à hauteur de préadolescents qui se laissent submerger et ne laissent rien passer. Tommi a 11 ans. Il vit à Rome avec son père, Renato, un cameraman colérique, et Viola, une soeur aînée un rien pimbêche. La mère de Tommi, Stefania, est partie au bras d'un nouvel amant. Entre les cours de natation, que Tommi endure pour faire plaisir à son père, qui rêve d'en faire un champion, et l'école où se déchaîne la frénésie souvent cruelle de ses comparses, entre scènes de la vie familiale et distractions solitaires (telles que monter sur le toit pour canarder la voisine au lance-pierres), la narration de Libero avance au rythme rapide de scènes courtes, de notations sèches, variant dans un jeu de volte-face émotionnelles le tempérament soupe-au-lait de la chronique réaliste. Le film en paraît à l'arrivée plein comme un oeuf. On est à la fois en terrain connu pour aller vite, la riche descendance du Truffaut des 400 Coups et constamment bousculé par la justesse presque agressive des séquences du film, qui ont à peine le temps de pointer du nez que déjà elles vous sautent à la gorge.
Le travail sur le scénario a semble-t-il été soigné, Rossi Stuart s'étant attelé à la tâche avec trois comparses (dont Linda Ferri, qui avait participé au script de la Chambre du fils, de Moretti). Bien que tirant les ficelles du mélodrame social, Libero n'est jamais embarrassant, il propose même une vision étonnamment pessimiste des rapports humains et de tout processus d'éducation. Les efforts du père de Tommi pour bien faire et inculquer des valeurs constructives sont réduits à néant par ses propres échecs, son sentiment continu d'humiliation. Mais le film ne le montre pas comme un héros injustement maltraité, plutôt comme un type grande gueule, ramenard et complètement dépassé par les événements. Tommi, de son côté, parle peu mais n'en pense pas moins, père et mère tour à tour se comportent devant lui avec des rages et des mines de gamin qu'il a, lui, abandonnées au seuil de l'école maternelle. Cette persistance du trépignement infantile, du caprice caractériel sous l'enveloppe corporelle des grands atténue peu à peu la dissymétrie entre les générations qui s'égalise à la fin dans la douleur et les larmes.
On connaît moins Kim Rossi Stuart en France qu'en Italie, où il est une vedette à la fois à l'écran (Romanzo criminale) et sur les planches. Barbu, le regard perçant, l'air borderline, il est excellent, de même que le jeune Alessandro Morace dans le rôle de Tommi, dégoté au terme d'un casting interminable à travers tout le pays. Libero n'ambitionne pas de révolutionner les formes ni la mise en scène, il s'inscrit dans un cadre classique qui est aussi, sans doute, celui des dramatiques télés de la RAI, dont la cinéproduction italienne a bien du mal à se sortir. Mais pour une fois cette limite est un réel atout.
Libération
A la Quinzaine des réalisateurs, le prix Art et Essai est allé à Anche libero va bene de l'Italien Kim Rossi Stuart, et le prix Regard jeune (1er ou 2e film) à Day Night Day Night de l'Américaine Julia Loktev. Enfin, le Label Europa Cinéma, récompensant un film européen, a récompensé A Fost sau n-a fost ?, du Roumain Corneliu Porumboiu.
Le prix Un certain regard-Fondation Gan,
qui couronne le meilleur film de cette sélection, est allé à Voiture de luxe, du Chinois Wang Chao. Le prix Spécial du jury est allé à Ten Canoes de l'Australien Rolf de Heer, et le prix du Président du jury a récompensé Meurtrières de Patrick Grandperret (France). Les prix d'interprétation
sont allés à Dorothea Petre pour Comment j'ai fêté la fin du monde (Roumanie) et Don Angel Tavira pour El Violin (Mexique).
Le Prix de la jeunesse est revenu à Bled Number One de Rabah Ameur-Zaïmeche (France). Le prix du jury oecuménique
a été attribué à Babel, du Mexicain Iñarritu, avec une mention pour le film polonais Z Odzysku de Slawomir Fabicki. Le prix France Culture cinéma a été décerné à Alain Cavalier pour l'ensemble de son oeuvre. Le prix de l'Education nationale a été décerné à Marie-Antoinette de Sofia Coppola.
Libération
Libero
Les enfants nous regardent
Cet étonnant premier film, qui a fait son baptème du feu à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes 2006, a remis aux lèvres de certains critiques italiens et français le nom de Truffaut
de Camillo de Marco
Cet étonnant premier film, qui a fait son baptème du feu à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes 2006, a remis aux lèvres de certains critiques italiens et français le nom de Truffaut (lire la revue de presse incluse dans ce Focus). Le public français, qui peut découvrir dès aujourd'hui ce film italien dans les salles MK2, y retrouvera peut-être aussi un peu de ce cinéma situé quelquepart entre Les 400 coups ou L'argent de poche et L'enfance nue de Maurice Pialat.
L'Hexagone a déjà pu se familiariser, récemment, avec le visage aussi avenant que mobile de l'acteur Kim Rossi Stuart, interprète de Romanzo criminale, mais il ne soupçonne pas encore ses talents d'auteur et de réalisateur. Les Italiens sont passés par là. Si ce premier film est particulièrement "étonnant", c'est que le public avait avant tout appris à apprécier un acteur, un acteur ayant renoncé dès le départ à une carrière facile de "belle gueule" pour devenir l'interprète sensible de rôles shakespeariens pour le théâtre (on l'a vu dans Le roi Lear avec Luca Ronconi, ainsi que dans Hamlet et Macbeth), un acteur qui s'est attaqué au cinéma dès l'âge de cinq ans, avec un petit rôle aux côtés de Catherine Deneuve et Giancarlo Gianni dans Fatti di gente perbene de Bolognini, pour jouer, récemment, un jeune psychopate dans Senza pelle de D'Alatri, Jiminy Criquet dans le Pinocchio de Benigni, un père réconcilié dans Le chiavi di casa de son mentor Gianni Amelio et un bandit au coeur tendre dans Romanzo criminale. Chacun de ces rôles a été choisi avec circonspection et traité avec le grand respect que le comédien voue à son métier. Malgré sa réputation d'acteur, il aurait été difficile de ne pas être agréablement surpris par l'auteur Kim Rossi Stuart et par une première oeuvre qui, sans parler de nouveau de Truffaut, témoigne certainement de la naissance d'un nouveau talent de la réalisation, un nouvel emploi où Rossi Stuart continue de mettre en oeuvre toute l'émotivité nerveuse qui le caractérise comme acteur.
Libero, écrit avec Linda Ferri, Federico Starnone et Francesco Giammusso, est un drame qui se plonge dans la déliquescence d'une famille romaine : Renato (Kim Rossi Stuart) est un caméraman velléitaire aux projets sans suites qui est constamment aux prises avec le monde, les finances qui vont mal quand il a deux enfants à charge et une femme (Barbora Bobulova) partagée entre sa nature de femme libre et ses devoirs maternels qui disparaît pendant des mois puis revient pour lui briser le coeur, une fois de plus. Reléguant les femmes dans des rôles secondaires, le film se concentre sur les rapports entre le jeune père agressif et fragile, homme à la santé mentale tangeante qui n'ose jamais déplaire, et son fils de 11 ans, Tommi, enfant aux yeux doux et tristes qui assiste avec douleur aux convulsions névrotiques d'une génération en conflit permanent avec elle-même.
Ce qui touche le spectateur droit au coeur, c'est précisément l'authenticité d'Alessandro Morace, garçonnet repéré par le réalisateur dans une école de banlieue. Tommi et son papa Renato sont comme deux solitudes aux parcours parallèles : le père pousse le fils à l'isolement dans le morne pré carré de la piscine, alors que Tommi voudrait se jeter dans le bouillonnement de la vie et rêve de la communauté qui caractérise un sport comme le football (d'où le titre italien, qui signifie que même d'être libero sur le terrain lui conviendrait). Le malaise et la difficulté de grandir trouvent leur expression métaphorique dans la marche de Tommi en équilibre sur le toit pour éprouver le vertige des abîmes.
Sans moralisme, le film plante les indices d'une existence future, une existence naissante et toute en devenir. De Sica et Truffaut ont certes inspiré Kim, mais le jeune cinéaste recherche aussi une autonomie linguistique faite d'authenticité sans compromis, à la limite de l'impudeur, nous livrant ainsi un travail de réalisation sans artifices à l'amertume pleine d'énergie qui témoigne en outre des incertitudes que le tout jeune réalisateur aura compensé en se fiant complètement à l'écriture, sans encore laisser place aux nuances des gestes et des regards.
Cineuropa
15 nov. 2006 0h05
Box-office "Ecran total" : les meilleures entrées
BOUZET Ange-Dominique
En tête, pour la deuxième semaine consécutive, les deux mêmes, avec des combinaisons de salles substantiellement augmentées, et, malgré une certaine érosion de leur public, des moyennes de fréquentation supérieures à 1 000 spectateurs écran : 1 142 pour Prête-moi ta main et 1 100 pour Ne le dis à personne. Ledahlia noir a bien du mal à s'épanouir face à cette concurrence : 663 spectateurs par copie, quand même, pour le film de Brian De Palma, dont la durée de deux heures supprime quelques séances. Deuxième sortie de la semaine, Désaccord parfait, d'Antoine de Caunes, ferme le peloton sur la scène d'ex-ménage de Charlotte Rampling et Jean Rochefort (520 de moyenne). Du côté des «petits», notons la performance de Libero, film familial italien de Kim Rossi Stuart (65 salles, 33 119 entrées, 510 de moyenne, le cinquième score du classement).
Libération
Recherche maman désespérément
Libero
C’est un événement qui arrive si peu souvent qu’il faut en parler haut et fort : à l’heure où nombre de comédiens se prennent de passion plus ou moins tardive pour la mise en scène, sans trop savoir le plus souvent où ils mettent les pieds (voir à ce propos le deuxième film de Guillaume Canet, Ne le dis à personne, sorti la semaine dernière), une expérience réussie de « premier film d’acteur » redonne espoir en la capacité à passer du devant à l’arrière de la caméra. Comédien peu connu en France, Kim Rossi Stuart - qui s’est récemment illustré dans le film de Michele Placido, Romanzo Criminale - signe une chronique familiale à la fois austère et tendre, empreinte de références tout en restant profondément contemporaine. Libero a été ovationné à Cannes : une fois n’est pas coutume, voici un film qui le méritait.
Contrairement à de nombreux films italiens sortis ces derniers temps (Buongiorno notte, Romanzo criminale, Le Caïman, etc), Libero n’est pas un film « engagé ». Kim Rossi Stuart n’a que faire des histoires de mafia, des années de plomb ou de Berlusconi. Pour autant, Libero n’est pas non plus une comédie dramatique à la Gabriele Muccino (Juste un baiser, Souviens-toi de moi), où les familles et les couples se déchirent pour le simple plaisir de brailler pendant une heure et demie. Bien sûr, Libero raconte une histoire de famille en crise, parce que, dans le contexte de l’Italie contemporaine, pays si riche et pourtant si pauvre, la cellule familiale tant vantée par le Vatican a du mal à résister aux soubresauts de l’économie, aux difficultés du quotidien.
Mais Libero n’est pas non plus un film social, où le cinéaste s’appesantirait des heures durant sur la froideur de la ville et de la vie de ses habitants. Si Kim Rossi Stuart s’intéresse aux pauvres plutôt qu’aux riches, c’est sans doute tout simplement parce qu’il y a plus trouvé matière à en faire un film émouvant. Le cœur de Libero est tout entier dans ce mot : l’émotion. Pas une émotion forcée, manipulatrice, sentimentaliste. Une émotion rentrée, qui s’impose d’elle-même, par le biais d’un contraste entre petites scènes très courtes et « scènes clefs » plus longues : des tranches de vie quotidienne ou plans a priori inutiles scénaristiquement - mais d’une grande beauté formelle - conjugués à des séquences extrêmement fortes, brutales, hachées, comme une gifle que l’on n’attendait pas.
Pour jouer au maximum de ce contraste, Kim Rossi Stuart s’est totalement concentré sur l’histoire de la famille : le père, cameraman au chômage, les deux enfants (la fille aînée, Tommi le cadet) et la mère, dont l’absence ne s’exprime pas en paroles, mais se ressent au quotidien. Bien que l’action se déroule dans différents décors - l’école, l’appartement, la piscine, etc -, reste une sensation très profonde d’enfermement. La caméra tourne autour de ces trois personnages, le père et ses enfants, forcés de se montrer solidaires, se fermant progressivement au monde dans leur tentative de reconstruire une cellule familiale. L’apparition de la mère, comme un fantôme, vient à peine bouleverser la situation. Tout est déjà joué dans les premières minutes de Libero : les quelques instants passés dans la vie de cette famille ne sont pas très différents de ceux qu’elle a pu vivre dans le passé et qu’elle vivra dans l’avenir. Peut-être auront-ils simplement appris à accepter peu à peu la situation ou à faire un peu plus de concessions, comme le père qui accepte enfin la passion de son fils pour le football... Mais n’est-ce pas le lot de toutes les familles ? Ce que montre Kim Rossi Stuart tire sa force de sa simplicité : la banalité du quotidien, partagé entre douceur, amour, frustrations et éclats de voix. Un monde où l’on est toujours au bord du gouffre - comme Tommi lorsqu’il marche sur la gouttière du toit de sa maison - mais sans qu’il soit possible de réellement tomber.
Libero, enfin, c’est aussi et surtout l’histoire d’un petit garçon, Tommi, à qui l’on a demandé de grandir trop vite, sans l’affection d’une mère, avec un père plein de bonnes attentions mais malhabile car forcé d’endosser le rôle de l’homme abandonné et trahi. Mutique, fasciné par le danger - et sans doute par la mort -, Tommi montre une incroyable et malsaine maturité, comme lors du retour de la mère, où, à son père qui lui demande s’il désire qu’elle reste avec eux, Tommi répond que, quoi qu’il dise, elle finira par repartir. Kim Rossi Stuart s’est à l’évidence particulièrement attaché à ce tout jeune garçon, à peine adolescent, à qui l’on parle comme un adulte. Il filme son regard perdu, ses tentatives malaisées et presque inutiles d’intégrer le monde des enfants, mais également toutes ces petites joies et ces grandes tristesses qui font de lui un enfant malgré tout : son rêve de skier, sa fascination pour le football, ses larmes lorsqu’il lit la lettre de sa mère... Le regard porté sur Tommi est à l’image du film : plein d’humour et de douceur, mais aussi d’une triste nostalgie et d’une grande pudeur.
On dira peut-être qu’il y a un peu du Nanni Moretti de La Chambre du fils dans Libero. Mais aussi un peu du De Sica de Sciuscià ou du Valerio Zurlini de Journal intime. Kim Rossi Stuart évoque sans citer, travaille ses influences contemporaines ou plus anciennes sans les voler, et signe finalement une œuvre très personnelle, dont on espère qu’elle sera la première d’une longue carrière.
Ophélie Wiel
Critikat.com
Un premier film bouleversant et un très beau "mal de mère"
Tiens ! Le titre du premier film de Kim Rossi Stuart en tant que réalisateur et coscénariste, s’est singulièrement raccourci en traversant les Alpes, depuis sa présentation à Cannes à la Quinzaine des Réalisateurs où il connut un succès certain. Le titre initial "Anche libero va bene" était plus explicite et faisait référence à une réplique-clé du film qui résumait tout l’amour filial et paternel des deux têtes brûlées au cœur tendre, interprétés par Kim Rossi Stuart et le jeune Alessandro Morace.
Une réplique qui refermait le film sur une note en demi-teinte mais quand même porteuse d’espoir. Car tout le talent de Kim Rossi Stuart "auteur" est là : mettre en scène une famille profondément blessée par les abandons successifs d’une mère un peu barrée, mais qui tente malgré tout de s’en sortir. De se serrer les coudes, de se rapprocher l’un de l’autre avec tous les problèmes de communication et d’incompréhension que deux caractères similaires et rugueux peuvent expérimenter l’un face à l’autre. Le père et le fils.
Entre eux, il y a deux personnages féminins étonnants. La mère (interprétée par une Barbara Bobulova aux justes accents shakespeariens) représente à la fois l’élément perturbateur, la source de tous les tourments familiaux mais en même temps, elle ressent vivement la souffrance qu’elle cause à sa famille et ne sait pas comment l’arrêter. La sœur du petit Tommi de son côté, semble conserver sa gaieté naturelle malgré tous les coups durs que la famille reçoit. Sa gaieté est parfois trop forcée et tente (mal)adroitement de cacher sa douleur.
Le premier film de Kim Rossi Stuart est un film profondément "jeune" dans le sens où il propose un regard complexe sur le monde des adultes, vu par un enfant singulièrement mature. Dans le rôle du père, Kim Rossi Stuart est particulièrement émouvant dans sa maladresse et sa solitude vis-à-vis de ses enfants. Dans la trempe psychologique des Clés de la maison de Gianni Amelio (film dans lequel jouait Kim Rossi Stuart) ou des 400 coups de Truffaut, Libero possède cependant son souffle propre. Avec une belle réflexion sur la force humaine que le noyau familial se doit de véhiculer.
Auteur : Laetitia Heurteau
Commeaucinema.com
Le film
Premier film pour ce jeune réalisateur qui a déjà de nombreuses prestations d’acteur à son actif, notamment dans « la Grande bourgeoise » de Mauro Bolognini aux côtés de son père, l’acteur Giacomo Rossi Stuart, dans « le Nom de la rose » de Jean-Jacques Annaud, « Par-delà les nuages » d’Antonioni, « Pinocchio » de Roberto Benigni ou encore Romanze Criminale de Michele Placido. Mais il ne faut surtout pas s’y méprendre, derrière ce visage angélique et charmant de jeune premier se cache un réalisateur talentueux qui nous livre avec brio un récit sur l’enfance et ses douloureux méandres. Persuadé de faire au mieux, Renato, à la fois père et mère de famille monoparentale, aux revenus modestes, se bat au propre comme au figuré pour maintenir un semblant d’équilibre dans une situation familiale fragilisée par les incessantes fugues de la mère.
Accusée d’être responsable de tous les malheurs du trio, le retour de cette jeune mère volage et surtout fragile n’amènera pourtant pas le calme tant espéré, car dans ce système plein de failles, ni la mère ni le père ne semblent adopter un comportement adéquat. Trop absorbés par leurs propres manques, inconstants, ils en oublient les besoins de leurs enfants qui ne demandent qu’à pouvoir grandir en paix et vivre leur enfance loin des imperfections de leurs parents. Le jeune Tommi, du haut de ses 11 ans, et de loin le plus mature de tous, donne l’impression d’avoir compris qu’il ne pourra en aucun cas compter sur les siens, et parvient à trouver un équilibre entre son besoin de stabilité familiale (qu’il ira chercher chez un petit camarade) et les aspirations sportives que son père nourrit à son égard, alors que sa grande sœur Viola, jeune adolescente fougueuse, a plus de peine à trouver sa place, entre son rôle de petite femme de remplacement et celui de petite fille à maman.
D’une sensibilité bouleversante, porté par ce tout jeune acteur au regard plein d’intelligence, ce film dépeint avec une justesse poignante les vides auxquels doivent faire face ces enfants, confrontés à des parents égocentriques et irresponsables qu’ils se doivent d’aimer malgré tout.
Kim Rossi Stuart n’était initialement pas prévu dans le rôle du père, mais l’incarne probablement au plus près de ce qu’il aurait voulu d’un autre acteur. Il parvient ainsi à maintenir tout au long du film une incroyable tension que tous les acteurs transmettent à leur tour avec un réalisme poignant.
El.
Cineclubchablaisien.ch